Mon premier cancer : 14, le temps qui passe...

Mon premier cancer : 14, le temps qui passe...

Après les dernières vacances l'automne est passé sans que je m'en aperçoive, du travail et mes passions technologiques à rattraper en semaine, du partage et du bon temps avec mon amoureuse le week-end, marcher (ça me fait du bien même si je ne suis pas un habitué de l'exercice), voir de belles choses, bref, se faire du bien avec du beau et bon. Il reste peu de temps, allez voir Marcoville à la Major de Marseille. Juste beau.

La perception du temps qui passe de plus en plus rapidement avec les années m'a toujours intrigué et pour sortir de mon habituel périmètre technique j'ai fait quelques recherches en compagnie de quelques IA que je fréquente de plus en plus ! C'est ainsi que j'ai découvert Paul Janet, philosophe et spiritualiste français, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, qui a marqué la pensée de la fin du XIXᵉ par ses travaux sur la morale, la philosophie politique et la psychologie de la perception du temps.

La Loi de Janet et l'accélération subjective de l'existence

La perception du temps n'est pas une mesure linéaire calée sur le battement constant des horloges, mais une construction psychologique relative à l'expérience accumulée. Le philosophe Paul Janet a théorisé ce phénomène sous une forme mathématique : la valeur d'une période donnée est perçue au prorata de la durée totale de la vie déjà vécue.

I. Le principe de proportionnalité : l'échelle des âges

Selon la Loi de Janet, l'unité de temps (l'année) s'amenuise à mesure que le dénominateur de l'existence augmente. Ce phénomène peut être observé à travers quatre étapes clés de la vie, où chaque année perd progressivement de sa "masse" psychologique :

  • À 5 ans : Une année représente 20 % de toute l'existence. C'est une part colossale du vécu. Pour un enfant, attendre Noël revient à attendre l'équivalent d'un cinquième de sa vie entière ; le futur lointain est alors une notion quasi inconcevable.
  • À 18 ans : L'année ne représente plus que 5,5 % de la vie. Le temps commence à se fluidifier, mais chaque cycle annuel reste encore un jalon majeur, marqué par des transformations identitaires et sociales profondes qui maintiennent une densité temporelle forte.
  • À 40 ans : Le ratio tombe à 2,5 %. La répétition des cycles saisonniers et professionnels installe une régularité. L'année devient une unité de mesure standard, perçue comme un segment qui s'écoule avec une rapidité croissante.
  • À 67 ans : Une année ne constitue plus que 1,5 % du capital mémoriel. À ce stade, la période de douze mois devient une fraction minuscule de l'ensemble. Les décennies semblent se compresser et l'intervalle entre deux anniversaires paraît se réduire à quelques mois en comparaison de la perception de l'enfance.

II. L'analogie du rouleau de papier toilette

Une image mécanique permet de visualiser ce paradoxe : celle du rouleau de papier toilette. Lorsque le rouleau est neuf et volumineux (l'enfance), chaque tour complet nécessite une quantité importante de papier et le noyau tourne avec une lenteur apparente. Cependant, à mesure que le diamètre diminue (le vieillissement), la circonférence s'amenuise. Pour une même rotation, la quantité de papier déroulée est moindre et le noyau s'emballe, tournant de plus en plus vite sur lui-même.

C'est ainsi que la structure de la vie semble s'accélérer : chaque tour de calendrier consomme une part proportionnellement plus petite de la matière restante, tout en augmentant la vitesse de rotation perçue.

III. La compression temporelle et le pic de réminiscence

Cette loi mathématique est renforcée par le traitement cognitif de la nouveauté. En l'absence de changements radicaux, le cerveau passe en mode « traitement par lots », regroupant des semaines de routine en un seul bloc d'information compressé.

La Loi de Janet explique ainsi pourquoi, rétrospectivement, la période allant de 0 à 20 ans semble aussi longue, voire plus, que celle allant de 20 à 80 ans. Le ressenti du « milieu de la vie » ne se situe pas à l'équilibre chronologique (40 ans), mais bien plus tôt, là où la somme des fractions de perception atteint son point de bascule psychologique.

IV. Conclusion : La lutte contre la linéarité

Si la Loi de Janet semble condamner l'individu à une fuite du temps inéluctable, elle souligne également l'importance de l'engagement cognitif. En brisant la routine par l'apprentissage ou le changement d'environnement, il est possible de recréer de la densité informationnelle. Ces « accidents » de parcours forcent le cerveau à ralentir la rotation du noyau, étirant artificiellement la perception d'une durée qui, sans cela, s'évaporerait dans la fluidité de l'habitude.

Au delà de cet exposé qui m'a fait découvrir Janet, les IA qui ont la mémoire de ce que je leur demande en général ont rapidement fait le parallèle en m'expliquant que la perception d'une journée routinière serait d'une heure, que si ce même jour je configure un nouvel objet domotique j'aurais une perception de 4 heures, voire deux jours s'il s'agit d'un objet en phase expérimentale, mais qu'un week-end d'escalade équivaudrait à une semaine d'enfance ! Je ne vais pas me mettre à l'escalade, mais il existe quelques stratégies anti-accélération :

  • Apprendre : quel que soit le sujet j'ai toujours eu cette soif, ça tombe bien (développement de nouveaux circuits neuronaux).
  • Voyager : j'ai quelques projets (aéroport / gares = dilatation du temps).
  • Sport : là j'ai moins d'appétence, mais lors de nos balades je perçois un petit signe, ok il faut une loupe (l'adrénaline force l'ancrage)
  • Méditation : et pourquoi pas le yoga, une recherche de présence à l'instant, et quelques postures, les paris sont ouverts (ralentissement de la perception immédiate)
  • Ecrire un journal : je me contente de ce blog (ça force la rétrospective détaillée)

J'espère que ça vous a intéressé, en fait je ne savais pas trop par quoi commencer ce post, et comme je trouvais que le temps passe trop rapidement je l'ai occupé à aller me documenter sur ce sujet !

Il y a un an j'écrivais combien entendre parler d'IA à toutes les sauces me saoulait, Aujourd'hui je converse quotidiennement avec plusieurs IA et ça me fait gagner un temps énorme. Je parle bien sur d'échanges purement techniques qui compensent un peu l'inévitable diminution cognitive liée à l'âge. Mais dans un même temps, et probablement parce que je suis bien placé pour en apprécier les progrès, ça me fait une peur énorme. Conjugué au monde de plus en plus anxiogène ça me crée un certain malaise, j'imagine alors les dégâts chez les personnes qui ne disposent pas d'un minimum d'équilibre !

Sortie

Un samedi de décembre on décide d'aller à Aix en Provence voir l'expo du moment à l'hôtel de Caumont, mais tout à mal tourné. Des embouteillages sur la route, presque deux heures pour se garer. Il était trop tard pour voir l'expo (on y est retourné en janvier), il faisait un froid polaire et on a diné tôt dans l'une de mes adresses préférées, c'est un bouge mais je vous le recommande vraiment ! Si je vous raconte ce souvenir c'est qu'au retour on a retrouvé la voiture couverte de merdes d'oiseaux et vu que ces excréments sont très corrosifs on a terminé la soirée dans une station de lavage. Et pour couronner l'expérience l'autoroute du retour était fermée, embouteillages et chemins de traverse... Impossible de faire plus romantique !

Et puis Noël !

Un peu de stress, bien moins cette année, mais le joie de retrouver mes enfants. Cette année mon amoureuse était avec nous, ce n'était pas prévu, mais ça m'a fait plaisir. Simple et bon, plaisir d'offrir et de recevoir, un beau moment de partage animé par des jeux de société. C'est amusant comment nos enfants que l'on pourrait dire quasiment biberonnés au numérique apprécient maintenant les jeux de société

Rêve

Alors là vous allez vous dire que je commence à dérailler totalement ! D'ordinaire je ne me souviens pas de mes rêves, enfin, plutôt un cauchemar, et je l'ai rapidement transcrit.

Je me prenais un virus sur mon PC, une vieille merde à l’ancienne qui ouvrait de fenêtres obscènes sur mes 3 écrans. Puis je réveille mon Pixel et je m’aperçois qu’il avait subit le même traitement. J’étais dégouté et je ne sais pas pourquoi, très énervé, j’ai découpé en deux mon mobile à l’aide d’un ciseau, et donc de façon irrégulière, un peu comme si j’avais déchiré une feuille de papier. Ce qui est bien entendu impossible. Plus tard, je devais rejoindre ma fille qui avait décidé d’exposer mes lunettes dans une galerie, quelle idée ! Et alors que j’étais retardé dans une gare, un peu surréaliste dans mon souvenir, je voyais ses appels incessants sur la partie haute du smartphone, mais je ne pouvais pas y répondre car j’avais du mal à ajuster les deux parties et le bas de l’écran où se trouve le bouton pour répondre aux appels ne faisait que s’éteindre ! J’ai fini par me réveiller, vraiment très étonné de trouver mon Pixel entier et en charge sur ma table de chevet. c’est grave docteur ?

Cancer

Au départ le but de ces posts était un peu de mes nouvelles aux amis. Un peu comme au sortir de l'hiver dernier je me sens très fatigué et angoissé à l'approche des contrôles. Pour la biologie et le scanner, la situation semble stable et satisfaire mon oncologue. On va juste compenser une carence en vitamines B12, ils me disent tous de foncer sur la viande rouge, ce que confirme cet article qui explique que s'il vaut mieux l'éviter plus jeune, quelques bons steaks tartares peuvent être salvateurs dans la force de l'âge. Je ne cherche pas à me documenter sur les sujets médicaux, mais je remarque que l'on est abreuvé d'articles plus ou moins scientifiques.

En avril je verrais à nouveau l'angiologue puis le cardiologue et j'espère que ça sera tout aussi rassurant ! Ensuite viendront les contrôles oncologie callés tous les 4 mois, fin juin et novembre.

Next

En parallèle on va se prévoir quelques escapades, genre week-end prolongé à Paris et en Bretagne, une semaine en Italie car cette attirance reste persistante. Mais également programmer un voyage plus lointain, mais j'en reparlerais. Je me rends compte que moi qui est toujours anticipé professionnellement mais rarement à titre personnel, j'ai aujourd'hui plus ce besoin de programmer des projets...

Isabelle

Cet automne j'ai rendu visite à une amie souffrante. J'avais appris sa maladie à peu près en même temps que la mienne. De fait on avait échangé plusieurs fois sur le sujet ; à son habitude Isabelle était très empathique face à ma détresse naissante alors que son mal était inopérable.

Isabelle nous a quitté. Ca m'a fait un choc car ça me renvoie inévitablement et très égoïstement à ma propre existence. Je mesure ma chance.

Merci Thierry pour ce très bel hommage plein d’amour (celui-ci également), c'était une très belle personne qui me manquera. 

Balaruc les Bains