Mon premier cancer : 15, Printemps 2026
Cet hiver m'a semblé interminable, et j'avoue avoir attendu le printemps avec impatience. En sortir m'a fait un bien fou : moins de fatigue, plus d'énergie, comme si le corps se remettait doucement en marche. Aussi, après une certaine hibernation, on a décidé de se faire du bien et de s'offrir quelques escapades, que je vais tenter de vous raconter ici.
Mars : Cap sur la Bretagne
Au départ cette escapade en Bretagne est la concrétisation d’une promesse faite à nos enfants, mon fils et celui de mon amoureuse habitant Rennes. Un week-end s’y imposait donc naturellement, avec un détour à se balader vers la Côte de Granit Rose que je ne connaissais pas.

Après deux soirées passées avec nos enfants, direction la côte en voiture, avec un petit hôtel très cozy déniché du côté de Perros-Guirec. On redoutait la pluie et on n'a pas vu une seule goutte en quatre jours. Soleil au rendez-vous et températures idéales. Et au passage une bonne adresse pour diner. Le trajet aller s'est fait en TGV depuis Avignon, mais même en première, ces trains commencent franchement à accuser leur âge (politesse… ) et hors de prix).
Avril : Parenthèse parisienne
Paris était aussi au programme. Ma fille et son compagnon en voyage, on a squatté leur appartement idéalement situé près de la Gare de Lyon. Paris, pour moi, c'est retrouver une ambiance familière : les bonnes tables entre amis et la densité culturelle qui manque parfois en province. On en a profité pour voir quelques expositions, je retiendrais Lee Miller (MAM, ça se termine début aout), Matisse (Grand Palais) et Notre Dame magnifiquement restaurée. Flâner dans Paris est toujours un plaisir, surtout quand on n'y vit plus.

J'ai aimé cette citation « J’espère qu’aussi vieux que nous vivrons, nous mourrons, jeunes. » (Matisse)
Pour le retour, on a délaissé la SNCF pour les trains rouges. Changement radical d'expérience : une hôtesse qui vient préparer un véritable expresso à la place avec une machine italienne montée sur roulettes. Un détail, non, chez eux on accueille le client, là ou d’autres se bornent à le contrôler.
Mai : Echappée italienne et découverte de Naples
Mon attachement à l'Italie n'est plus un secret pour ceux qui me lisent. D'où cette semaine de voyage à travers le pays. Premier arrêt à Pinerolo, près de Turin, retrouvailles toujours agréables avec ma cousine Ornella. Pour la suite, on change de rythme, on abandonne la voiture pour une expérience ferroviaire en direction de Naples, pas un banal train à grande vitesse, mais un train de nuit en cabine double.
Une expérience inédite. Les trains de nuit, en France comme en Italie, accusent facilement plus de 50 ans, mais ils restent très développés côté italien car c’est un moyen très économique de traverser un pays tout en longueur. L'Italie dispose bien de TGV reliant Turin à Naples en 5 heures, le train de nuit prend son temps, 13 à 14 heures de voyage. Dans la pratique le remplissage se fait surtout dans les voitures standard ou les couchettes collectives avec une tarification attractive, mais je dois avouer que les cabines privatives, avec petit déjeuner servi avec le journal du matin ont leur charme, intimité inside.

Ce n’est toutefois pas un train de luxe, loin de là, et pas de wagon restaurant. Donc petites courses à la supérette de la gare de Turin, puis pique-nique une fois installés en cabine, expérience inoubliable !
Se retrouver sur le quai à 21:30, à attendre un train m'a plongé dans une certaine nostalgie, celle de mes longs trajets d’il y a plus de 50 ans, depuis Avignon vers Paris ou Strasbourg pendant mon service militaire.
L'avantage de la formule est de débarquer directement à la gare centrale de Naples, frais et dispos. Enfin, autant que possible après une nuit forcément bruyante, mais où on finit par trouver le sommeil bercé par les mouvements de ce vieux train. Prêts à attaquer la première journée de visite.
N'étant jamais allé à Naples, j'avais joué la prudence en réservant un hôtel juste en face de la gare, plus cher, mais rassurant. Des options Airbnb bien moins coûteuses existaient, mais leur localisation m’inquiétait quelque peu. Craintes finalement infondées, malgré l'ambiance, bruyante et chaotique de cette ville, on ne s’est jamais sentis en insécurité. Et puis je préfère l'hôtel, et celui-ci s'est révélé excellent.

Trois jours complets pour explorer la ville : beaucoup de charme, de très belles choses à voir, mais un flot continu de touristes, de saleté, de bruit et parfois d'incivilités. En arpentant ses rues, une évidence s'impose, à côté de Naples, Marseille a des airs de petit village tranquille !
Visiter Naples, c'est avant tout une affaire d'ambiance. On marche, on se laisse porter par la foule, mais il faut vite s'échapper des grandes artères. On s'éloigne des touristes presque canalisés, cernés de boutiques à souvenirs, de petites arnaques et de contrefaçons. La mafia, en toile de fond reste discrète, probablement consciente du profit que génère le tourisme. On a donc beaucoup marché pour fuir ce tumulte et dénicher des lieux plus authentiques, visiter beaucoup d'églises et même des catacombes, sans oublier le cloitre de Santa Chira et le Christ Voilé vraiment bluffant ! Cotée musée je retiendrait particulièrement la Galleria d'Italia ou des classiques comme Le Caravage côtoient de façon plus inattendue Shepard Fairey (Obey). Et pour diner la bonne adresse est ici !
Après de Naples on avait prévu deux jours de de repos à Sanremo. J'avais repéré un hôtel qui semblait idéal, sur les photos, du moins. Sur place, la désillusion fut totale : le lieu tenait de l'arnaque à l'italienne dans toute sa splendeur, entre un site web soigné et la réalité d'une vieille colonie de vacances des années 70, restée figée dans le temps.

On a choisi d'en rire, de faire contre mauvaise fortune bon cœur, et de profiter du paysage. On a ainsi passé de magnifiques journées à Sanremo, notre meilleure décision ayant été de fuir le bord de mer pour explorer l'arrière-pays : une région montagneuse, escarpée et splendide, qui a fait oublier sans peine les déceptions de l'hôtel.
Juin : Virées matinales dans les canyons
Je ne vais pas vous narrer par le menu l'intégralité de tous nos week-ends, ce serait un peu long et il me faut garder un petit jardin secret. Arrêtons-nous simplement sur les deux derniers.
À l'approche des examens, je sens toujours une petite angoisse monter et le besoin de m'échapper et de voir du beau. C’est ainsi que j’ai pensé aux Gorges de l’Ardèche. Au départ, je voulais trouver un petit hôtel comme nous l’avions fait il y a deux ans. Problème, j’ai un peu tardé et ce que j’avais repéré était déjà complet. C'est alors que m'est venue une idée totalement saugrenue pour ceux qui me connaissent : me lever très tôt et tenter le coup en une journée.
Réveil à 6h du matin et départ rapide pour une petite heure de route. Et là, le choc, à cette heure les Gorges de l’Ardèche sont désertes. Il n'y a pas une seule voiture, tout au plus quelques motards isolés. Un pur bonheur visuel ! Surtout quand on sait qu'en traînant un peu pour arriver vers 11h, l'endroit devient noir de monde. Après cette superbe traversée, nous avons déniché un excellent petit resto à l’écart, dans un charmant village, une très bonne adresse ou j’ai mangé le meilleur travers de porc depuis New-York !

Vu que l'expérience était réussie, nous avons récidivé le week-end suivant. Cette fois, direction les Gorges du Verdon. Même formule, départ aux aurores avec un bref passage sur le plateau de Valensole ou nous avons pu voir l’attraction locale, des touristes faisant des selfies avec les champs de lavande en arrière-plan ! Et le parcours des gorges sur les deux rives. Absolument magnifique, une bonne bouffée de bon et beau pour aborder le volet médical de ce début d’été.
Début juin j’étais à Balaruc le Bains pour une journée de commémoration organisée afin de réunir les amis d'Isabelle. Je ne suis jamais trop à l’aise dans les réunions ou je ne connait quasiment personne, mais merci Thierry pour ces moments tout aussi vivants, joyeux qu’émouvants. Voir et écouter certaines interviews d'Isabelle la rendaient très présente, presque comme si elle était là, quelque part en direct. Une drôle de sensation.
Communiqué de santé
- Angiologue : mon anévrisme abdominal semble stable, on continue la médication et on le mesure à nouveau dans six mois.
- Cardiologue : mon cœur va bien, on se revoit dans un an.
- Biologie : je compile 4 prescriptions, mes veines souffrent, mais le résultat est rassurant.
- Scanner : 7 tentatives plus tard et après avoir convoqué 3 infirmières différentes ils ont réussi à m'injecter le liquide de contraste nécessaire à cet examen. Mes bras ressemblent à celles d’un camé, mais la stabilité est confirmée.
- Chirurgien : il me voit tous les 4 mois en alternance avec l’oncologue. Il confirme le verdict du radiologue.
- Généraliste : elle confirme la remontée de la vitamine B12 et du fer, je sais lire, et se borne à me délivrer les habituelles ordonnances de médicaments. Sa stagiaire me demande si j’ai une gourde pour bien boire, je la retoque un peu sèchement… Je regrette mon ancienne généraliste !
Je dois bien l'avouer, il était plus facile pour moi d’écrire qu’il y a deux ans quand le ciel me tombait sur la tête et tout était catastrophique à mes yeux. Il y avait une urgence, une matière brute, et presque trop de choses à raconter. Aujourd'hui que les choses sont plus rassurantes, que je vais plutôt bien, même si rien n’est gagné, j'avoue avoir un peu ramé pour poser ces quelques lignes. Comme si le calme rendait les mots plus difficiles à trouver que le chaos.
Je veux toutefois garder une trace de tout ça, parce que je m'aperçois qu'on oublie très vite, même les moments de joie et de partage. Alors j'ai fait l'effort pour ne pas laisser filer ces souvenirs. Flegme de taper, j’ai utilisé mon mobile comme un dictaphone et j’ai ensuite mis en forme le résultat avec une paire d’IA, avant de reprendre l’ensemble avec mes doigts. Ça ne me plait pas trop et je ne suis pas convaincu d’un réel gain de temps car il y a beaucoup plus de relecture.
Passez un bel été !