Mon premier cancer : 8, the last one !
Pour l'instant tout du moins !
Cette cure fut la plus désagréable. Le médecin avait une heure de retard, je ne lui en veux pas car cela veut aussi dire qu'il prend le temps d'être à l'écoute des patients. Comme d'habitude, j'étais le dernier et nous avons même eu une belle discussion sur la façon dont est géré l'établissement, sous forme associative, ce qui leur permet, entre autres, de prendre le temps, et ainsi de faire preuve d'une plus grande empathie qu'une structure publique, ou pire privée où les chiffres ont bien plus d'importance. Et puis, Kindle en mains, le temps passe rapidement, là où je remarque que les autres patients s'impatientent, parfois bruyamment, mais aucun ne fait quoi que ce soit pour occuper ce temps, temps pourtant propice à la lecture. Alice Zeniter m'accompagne avec son dernier ouvrage, belle écriture !
Mais cela a décalé la chimio qui était programmée dans le foulée. Si mes yeux doux m'ont permis d'obtenir mon box privatif, au lieu de la salle à 5 fauteuils, et ainsi d'éviter des conversations avec des inconnus, ce dont je n'ai aucune envie en ces circonstances, il m'a d'abord fallu attendre que ce box soit préparé. L'installation de la perfusion a été un peu plus difficile et douloureuse, mais avec douceur. Une fois les produits préparatoires injectés, le thé servi, l'infirmière s'est aperçue que ma "dose" ne lui était pas parvenue et il a fallu attendre. Attendre... C'est peut-être pour ça que j'ai ressenti cette chimio plus "hard", peut être aussi parce que mes veines peu visibles s'usent... Ici c'est Kerry Washington qui m'accompagne dans Scandal (2012/2018). Elle fut la première actrice Afro-américaine à décrocher le rôle principal pour une série télévisée américaine avec son personnage d'Olivia Pope, ce qui n'était pas arrivé depuis 1974. Une série facile à binger qui a bien vieilli, parfaite pour les circonstances et que je revois avec plaisir.
Cela m'a fait rentrer plus tard, à l'heure des embouteillages. Merci à l'automatisme des voitures modernes car ma main gauche me picotait trop pour m'en servir...
Au regard de ma fatigue, de la redescente de mes globules rouges (voire anémie de départ) causée cette fois par le traitement, il m'a prescrit de l'EPO, vous savez le fameux dopage des cyclistes ! Je vais donc être shooté légalement à l'EPO, à moi le vélo ! Il y aussi plein de vitamines diverses en complément. Être en ALD vis-à-vis de la Sécu me fait penser à être Prime sur Amazon : pas de frais et commandes à gogo, mais là j'avais presque honte en sortant de la pharmacie !
Un scanner de contrôle est programmé pour le 28 octobre et un rendez-vous avec l'oncologue en chef le 29 pour jouer à stop ou encore !
On va donc parler d'autre chose et oublier tout ça pour un temps. Je vais disposer de presque 4 semaines de répit où on va enfin pouvoir caller quelques petites vacances que je vous narrerai peut-être un jour. Destination Italie, j'en ai envie et besoin. Toujours le beau et le bon.
Mais avant je vais vous narrer notre week-end à Aubenas. Aubenas c'est un peu la porte de l'Ardèche, un gros bourg moche entouré d'une immense banlieue commerciale encore bien plus moche. Une sorte de purgatoire ou ma nièce avait fait ses débuts de journaliste dans la PQR qui ne lui a pas laissé un souvenir mémorable. Coté hôtel, je ne saurais que vous déconseiller l'Ibis local à 119 € où si les salles de bains ont correctement été refaites, la moquette de la minuscule chambre comporte tout l'historique en taches d'années d'errances. À gerber. Gardez à minima vos chaussettes ou emportez vos claquettes qui trouveront ici leur juste emploi. Je les ai bien flingués sur les avis Google, même s'ils s'en foutent car le choix d'hôtel est ici plutôt restreint ! (en face il y a un Ibis Budget, c'est soit pire, soit pareil à moins cher).
Mais nous n'y somme pas allés pour le ville, parcourue le samedi avec un gros vent et beaucoup d'établissements fermés (on va dire pour cause de fin de saison...). Il a été difficile de trouver une table correcte. Avec du recul, nous aurions mieux fait d'éviter la nuitée, de partir tôt le dimanche et de profiter des deux kiffs qui vont suivre le dimanche.
Kiff #1
D'évidence, c'est à Aubenas que se situe le Château d'Aubenas, même si dans ma tête un peu détraquée ces temps-ci le je le situais à l'extérieur de la ville, comme s'il m'était impossible d'imaginer quelque chose de beau dans cette bourgade !
Ce lieu a maintenant été transformé en centre d'art contemporain et il héberge l'exposition Habiter le Monde que je vous laisse découvrir. Par expérience, je me méfie des expositions en régions qui m’ont souvent, hélas, déçu. Mais ici c'est une très agréable surprise, je ne suis pas, pas plus que mon amoureuse, spécialistes, chevronnés d'art contemporain, ce qui compte à nos yeux c'est de voir du beau, d'être séduits par des œuvres qui font du bien à nos yeux, et là pour 90/95 % j'ai (nous avons) été totalement séduits (1:30 de visite et à la fin je conseille de refaire la première installation vraiment très étonnante). Ça se termine malheureusement déjà le 13 octobre 2024, il faudra donc être réactif, mais je valide à 100%.

Quand je visite ce genre de lieu rénové, en amateur d'architecture mes yeux se portent également sur la bâti. Et là nouvelle séduction par une belle réussite qui a su conserver l'âme de l'ancien en y incorporant des ajouts très contemporains. Bravo à l'archi !
Kiff #2
À la sortie du château, tout nous pousse à rapidement quitter la ville. Mais pour aller où ? À la faveur de ma détestable habitude de ne pas anticiper ma vie perso, moi qui professionnellement anticipe tout, je n'avais rien prévu.
Je me suis par contre rapidement souvenu qu'enfant, l'une des nombreuses escapades dominicales familiales nous avait conduits au Mont Gerbier-de-Jonc. Ce lieu situé à 35 kms, à une bonne heure de route d'Aubenas ne présente pas d'intérêt particulier en soi. C'est juste la (les) source(s) de la Loire, Loire qui pour vous remémorer vos leçons de géographie est tout de même le plus long fleuve de France.

Ce qui présente un intérêt c'est le trajet où très vite, passée le ville thermale de Vals (son eau, ses vieux hôtels à curistes du même âge), on abandonne toute forme de civilisation moderne, et rien ne vient perturber nos yeux. Pas le moindre panneau publicitaire, juste une belle route de laquelle on peut contempler la nature, regarder les vaches faire paisiblement la sieste, et imaginer des hivers rudes (1500 m d'altitude tout de même), mais hivers probablement rudes et différents de la montagne que l'on connaît, montagne "contaminée" par le commerce du ski. Ici il n'y a pas de commerces, juste quelques paysans qui permettent de partager leurs produits avec délicatesse avec, tout de même, une vieille calculatrice mise à disposition.

Sur le chemin du retour nous faisons une petite halte à Vals qui ne me donne pas envie d'y faire une cure. Je me suis d'ailleurs toujours interrogé sur les bienfaits réels de ces cures (3 semaines dans ce lieu, il faut sûrement une bonne psychothérapie au retour) pourtant bien remboursées par la Sécu, Sécu qui refuse pourtant de rembourser toutes formes de médecines alternatives et même les ostéopathes. Là c'est juste de l'eau ! Y aurait-il un truc, de bons lobbies ?
Compte tenu du Mistral ambiant, on est peu sortis de l'automobile, mais la tarte aux châtaignes dégustée dans la petite échoppe du Mont restera un souvenir délicieux ! Voilà, les journées se raccourcissent, nous choisissons de faire profiter de la vue à nos yeux dans l'autre sens, avant que ces étroites vallées ne s'obscurcissent, aussi belles mais différentes.
Voilà c'était juste un peu plus de 24 heures de beau et bon avant ma quatrième cure dont je parlais au début de ce récit.
À suivre... 9 - Stop ou encore ?