Geste déplacé ?
En bon boomer qui se respecte, j'aime bien parfois regarder C à Vous ! Caroline Fourest y était invitée (extrait C à vous) pour son dernier ouvrage. Une féministe "boomer" qui va devoir faire face à la jeune génération de féministes dont la façon de voir la chose est à n'en pas douter différente, l'une prônant une certaine nuance, les autres une forme de radicalité. Je ne vais pas entrer dans le débat ici, elle donne suffisamment d'interviews, pas faciles, afin de défendre son point de vue. Je la rejoint toutefois sur un point, il faut rééduquer les médias qui font de l'oseille sur les sujets très graves sans bien souvent prendre le temps de vraiment faire leur boulot de journalistes.
Je vais juste vous raconter une histoire vécue, où j'ai "subi" un geste qui aujourd'hui serait considéré comme déplacé, mais que j'ai savouré jusqu' à la lie.
En 1976, alors que je n'avais même pas 18 ans et que je n'étais encore qu'un puceau, je me suis fait embarquer pour le service militaire. Et c'est ainsi qu'un matin grisonnant je me suis retrouvé à Phalsbourg, petit village de l'Est de la France qui comptait bien plus de militaires que de civils.
J'y ai survécu et j'y ai même trouvé ma planque auprès de l'officier conseil. Comme tous les appelés nous ne vivions que pour la prochaine permission, dans le civil on appelle ça le prochain week-end. En tant qu'Appelés, le train ne nous coûtait rien (le tabac non plus du reste), et pour chaque permission on nous embarquait dans un inconfortable camion afin de nous déposer à la gare le vendredi après-midi, l'heure dépendant très fortement du degré d'alcoolémie du sous-officier en charge de la mission.
À l'époque la SNCF fonctionnait bien et les trains étaient à l'heure, mais il n'étaient pas très rapides. Ainsi pour rejoindre Avignon, il fallait d'abord rejoindre Strasbourg, puis Lyon, pour une arrivée à Avignon tard dans la nuit. Pas de téléphone mobile à l'époque, et papa venait m'attendre en gare.
Quant au retour, car c'est le retour qui va nous intéresser dans ce récit, je rejoignais Lyon le dimanche après-midi en 3 heures, et de là j'embarquais dans un "Rapide" de nuit pour arriver à Strasbourg au petit matin. La proximité que je m'étais créé avec l'Etat Major de la caserne m'octroyait l'avantage de souvent voyager en première. Oui déjà. Et dans ces trains de bidasses en Première il y avait peu de monde. Avec la théorie du premier arrivé, premier servit, le jeu consistait à s'octroyer une banquette entière, de fermer rideaux et lumière et de faire le mort afin qu'aucun intrus ne vienne nous déranger de la nuit.
Sauf que !
Lors de l'une de ces nuits ferroviaires, une jeune femme entra dans le compartiment, alluma le faible éclairage, et me secoua un peu afin que je l'aide à hisser son bagage dans l'emplacement idoine situé au dessus de la banquette. Elle était très belle, et bien-sûr je dû partager ma baquette pendant que l'autre voyageur faisait le mort. Le train redémarra et j'essayais de dormir dans une position soudain devenue bien moins confortable, avec en prime l'image et le parfum de cette apparition.
Dans un demi-sommeil, le puceau que j'étais avait du mal à m'éloigner de cette vision. Je me suis même mis à imaginer qu'elle me caressait le visage et qu'elle s'était rapprochée de moi. Tout en essayant de chasser ces images qui altéraient mon sommeil, j'ai fini par comprendre qu'il ne s'agissait pas d'un rêve éveillé mais que la réalité avait pris le dessus, et c'est ainsi que la vie m'offrait la vraie première pelle tant espérée de mon existence !
Hélas le convoi arrivait déjà en gare de Mulhouse (ou Colmar) où elle quittait ce train pour un autre lui permettant de rejoindre Fribourg, où j'apprendrais plus tard qu'elle était journaliste. Elle eu juste le temps de me donner l'heure de son train de retour le vendredi suivant afin que je l'y retrouve.
En principe il m'était absolument impossible d'être présent à ce rendez-vous de part les horaires qui nous étaient imposés. Autant dire que cette semaine le petit vélo dans ma tête était présent 24/24 ! Imaginez un peu mon moral...
On avait surnommé Pink-Floyd un des officiers auquel j'étais rattaché car tout pantouflard qu'il était ça lui donnait un coté cool d'écouter cette musique je j'adorais. En désespoir de cause, j'ai fini par me dire que si j'osais lui raconter ce qui m'arrivait, je parviendrais peut-être à toucher sa sensibilité - il était le seul capable de sortir de son képi la solution à ma détresse ! Je n'ai plus le souvenir de ce que j'ai pu lui raconter, ni vraiment comment je m'y suis pris, mais toujours est-il que le vendredi matin à mon arrivée au bureau, alors que j'étais au fond du trou, mais vraiment tout au fond, il est venu vers moi et m'a dit d'aller chercher mon barda (bagage dans ce monde) et qu'on partait en mission, à Strasbourg, tout en me donnant un billet de première.
Et c'est ainsi qu'il me conduit à Strasbourg au volant d'une vieille Jeep Willis héritée de l'armée US qui avait stationnée dans la base quelques années plus tôt. Je le remerciais, et le fît à nouveau à mon retour. Il emménageât même mes horaires afin de me permettre de partir plus tôt par la suite, mais toujours avec une certaine distance, et jamais il ne se montrât curieux de mes rendrez vous !
L'amour s'ouvrait enfin à moi, et vous comprendrez pourquoi j'ai toujours aimé les Jeeps, amour et liberté !
La suite, en fait deux suites, je vous les raconterai un jour car elles sont épiques et croustillantes...