Mon premier cancer : 4, Intervention
Ma fille, Marie, alors entre deux jobs me propose de venir passer quelques jours pour l'occasion, mais aussi pour changer d'air. Sa présence m'est précieuse, même si j'ai une peu honte de lui imposer cette expérience, je savoure sa présence, tout comme celle de mon amoureuse. Tout du long de cette nouvelle expérience de vie, je mesure combien l'amour de mes proches, de mes amis est important, et qu'il faut en prendre la pleine mesure.
Le samedi 2 juin, la veille de l'intervention le temps est beau, l'été arrive enfin et je leur propose de leur cuisiner mes fameuses pâtes enragées, je sais qu'elles apprécieront toutes les deux. Une belle table est mise sur la terrasse, avec plein de bougies, et nous passons une merveilleuse soirée. Elles sont en phase, partagent beaucoup et ça me rend heureux. Je ne pourrais pas être amoureux d'une femme en désaccord avec mes enfants. Pour autant, par respect, je n'afficherais pas de photo ici.
Bref, c'est ainsi que je me suis retrouvé un lundi 3 juin au matin, trop tôt pour moi, à suivre à la lettre les instructions d'une élève infirmière qui me tend un rasoir électrique et me demande de me raser du haut des jambes à la moitié du ventre. Les couilles aussi ? Oui bien-sûr monsieur ! J'espère qu'elle a pris son pied quand elle a dû raconter ça à ses copines étudiantes, car c'était bien-sûr totalement inutile ! Je suis beau joueur, je ne ferais pas de remarque sur le questionnaire de satisfaction, au contraire, car même si je les ai sentis stressées, malmenées, la gentillesse et l'empathie sont là, bien que certaines portent en elles une fatigue bien visible. Ce qui n'est pas le cas de l'hôtellerie, où la chambre dite "Prestige", que m'autorise ma couverture complémentaire, tenait bien plus du Formule 1 qui aurait très mal vieillit que d'un quelconque prestige... Sur ce point j'ai bien-sûr massacré l'établissement.
Une fois "préparé" un brancardier m'emmène au bloc. Et là, attention, conseil à tous ;
Ne montrez jamais à vos enfant cette image du père emmené au bloc, allongé les jambes en avant.
Je regrette Marie de t'avoir imposé cette image, je n'y étais pas préparé, je ne savais pas. Vous lecteurs, vous saurez ! Accepte mes excuses Marie !
Une fois en "bas", au bloc, il fait froid, mais mon œil avisé constate rapidement que nous ne sommes pas dans un vieux Formule 1 ! La modernité des équipements et l'hygiène me semblent régner, je me sens en confiance. Le chirurgien me demande si je suis venu seul, je lui dis que ma fille m'attend dans la chambre, il me dit qu'il passera la voir à l'issue de l'intervention, j'apprécie et elle appréciera l'échange qu'elle aura avec lui.
S'en suit un coucou de l'anesthésiste, un gros nounours de couleur très rassurant qui vient me souhaiter un bon sommeil. Si je précise sa couleur, qui ne me gène en rien, c'est que je constate que dans cette micro société, les spécialistes sont blancs tout comme les infirmières, contrairement aux aides soignantes, personnel de ménage et brancardiers qui ont souvent d'autres origines. L'ascenseur social à la française n'est pas encore tout à fait opérationnel !
À partir de là c'est le vide, le trou mémoriel. Normal. L'intervention dure 2 ou 3 heures et je me réveille un peu plus tard avec plus de capteurs collés sur mon corps blanc qu'il y en a sur mon installation domotique ! Je suis un peu inquiet par cette intervention sur ma plomberie. Le chirurgien me dit qu'il faut manger, et moi j'ai peur d'une fuite, qu'un tuyau se décolle ! Bien sur la restauration est dégueulasse, le prestige est ailleurs. Mais je suis ses conseils, j'avale ce qui se présente, confiance une fois de plus.

Il abrègera mes souffrances en estimant que je serais mieux chez moi et je peux m'échapper le jeudi. Et vlan, un séjour à 6825 € pris en charge principalement par la sécu dans la cadre d'une ALD ainsi que quelques broutilles pour mon assurance santé chez Allianz qui assurera également les 700 € de dépassements d'honoraires. J'estime personnellement que je ne devrais pas avoir à aller chercher ces informations peu lisibles pour tout un chacun, et que les citoyens devraient systématiquement connaître le coût réel des frais médicaux et le montant des paquets qu'ils empotent gratuitement lors de leurs passages en pharmacie. Je crois que les labos et cliniques préfèrent que les gens ne sachent pas trop. Et je ne parle pas de génériques qui finalement assurent peut-être une concurrence et aussi de meilleures marges qui profitent plus aux pharmacies qu'à la sécu. Business as usual !
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