Mon premier cancer : 12, Italie
Comme je n'avais évoqué dans le post précédent, avant de débuter la batterie d'examens et autres rendez-vous médicaux de juin, j'avais prévu une escapade en Italie avec mon amoureuse.
Ceux qui me connaissent bien savent également que je suis un fils d'immigrés italiens, et même si mes parents ont tout fait pour nous franciser, en veillant à une intégration parfaite, je reste particulièrement attaché à ce pays et j'éprouve le besoin de m'y rendre régulièrement. Mes parents étaient originaires du Piémont, à seulement 350 kilomètres d'ici ! En fait c'est très proche de la France et ces vallées, ont même parfois été françaises au gré de l'évolution des frontières entre la France et l'Italie. Maman était originaire de Rosseto, une bourgade de la commune de Pinasca dans le Val Chisone (Val Cluson en Français), alors que papa venait de Bagnolo, une commune située dans une vallée voisine, le Val Pellice. Les deux vallées, religieusement un peu différentes, se rejoignent à Pinerolo ou jadis Louis XIV y faisait enfermer ses opposants !
J'ai une affinité toute particulière avec ce coin d'Italie, c'est un peu ma madeleine et Pinerolo est une petite ville ou il fait très bon vivre. C'est une expression, je n'y ai jamais vécu, mais lors de chacun de mes passages je constate douceur et authenticité. On se disait d'ailleurs que plus qu'un passage on ferait bien d'y rester un peu afin de bien profiter des alentours, montagne et nature au programme.
Voyage
Pour y aller la route traditionnelle depuis chez moi consiste à franchir le col du Montgenèvre. J'ai voulu changer un peu et essayer le passage par le col de Larche via Barcelonnette. On ne contourne pas le lac de Serre-Ponçon par le nord en direction de Briançon, mais on passe au dessous. La route est plus longue, ne se pratique pas en hiver, mais enchanteresse au printemps ! Un vrai plaisir pour les yeux du côté Français, car passé le versant italien il faudra traverser une plaine industrielle un peu moins jolie, et la centaine de kilomètres pour rejoindre Pinerolo est lente et parsemée de ronds-points.

Après cette halte, quelques courses dans ma miellerie préférée et un succulent diner chez ma petite cousine, direction Milan pour quatre jours. Je connais bien cette ville, j'y ai des amis et y suis très souvent allé. Si la ville n'a pas trop changée, le tourisme de masse s'est installé dans les lieux Instagram(ables). Ainsi le quartier du Duomo est bondé et la célèbre Galleria Vittorio Emanuele II impraticable. Sans un coupe-file VIP nous n'aurions pu visiter la cathédrale de bas en haut comme l'aurait fait un célèbre marchant de café. Bien moins fréquenté on trouve juste à côté le Museo del Novecento et le Palais Royal ou l'on a particulièrement apprécié les expositions avec notamment Leonor Fini et Mario Giacomelli, mais pas que ! Milan, ce sont également des dizaines d'églises à visiter, moins connues, mais très riches. Privilège oblige nous avons eu la chance de pouvoir admirer La Cène de Léonard de Vinci sans avoir à réserver six mois à l'avance ! Proche de Milan une escapade sur le lac de Côme s'est également imposée, encore du beau, mais il y a vraiment trop de monde ! Le soir venu il faut se sustenter, et même si la malbouffe tente de s'installer, il reste difficile de mal manger à Milan, que ce soit dans le quartier des Colonne di San Lorenzo ou des Navigli pour ne citer que ces ceux-ci. L'occasion de retrouver des amis, de passer de très bons moments, sans oublier il gelato !

Au départ et à ce stade c'est le chemin du retour qui était prévu. Mon amoureuse rêvait de Cinque Terre, mais en plein week-end de l'Ascension, impossible de trouver un hôtel à La Spezia pour le jeudi soir ! C'est ainsi que nous avons fait un crochet par Parme, une ville agréable, gastronomique et culturelle que je ne connaissais pas et qui mérite le détour avec un fabuleux petit déjeuner où le parmigiano reggiano et le prosciutto di Parma étaient bien présents !
Pour le vendredi soir, j'ai fini par trouver, grâce à mon agence de voyage, un hôtel (honteusement couteux) non loin de la gare de La Spezia. Cela nous a permis de passer la journée à errer dans les villages qui composent Cinque Terre. Je connaissais, j'y étais déjà allé trois fois et trouve que c'est de plus en plus (mal et trop) fréquenté. Mais le fait d'arriver tard est un avantage car les visiteurs commencent à prendre le chemin du retour, et, la Via dell'Amore est maintenant réouverte. Ce long chemin très peu fréquenté en fin de journée, surplombe la mer, et tout d'un coup devient magique ! Au fil des boutiques j'ai retrouvé de la confiture de citrons, curieusement moins bonne que dans mon souvenir. Diner sur place ne me paraissait pas une bonne idée, ainsi nous sommes rentrés à La Spezia ou on trouve de bonnes tables.

Par contre la combinaison week-end de l'Ascension et du lundi férié en Italie (fête de l'avènement de la République) ont rendu impossible la réservation d'un hôtel pour le samedi sur toute la côte Liguria. On a donc décidé de rentrer doucement. A Savona, on s'est retrouvé dans la Pride locale tout en couleurs, puis on a craboté en traversant des dizaines de stations balnéaires sur un air de dolce vita, un dernier diner, l'ultimo gelato et autoroute direction maison... Une semaine parfaite.
Le cabanon
Cela fait des années que je voulais installer une cabane au fond du jardin afin d'y abriter vélos et autres accessoires de jardin. Finalement entre aller acheter un tas de planches hors de prix chez Casto / Brico / Machin, couler une dalle et installer un truc que le Mistral emportera peut-être, j'ai demandé à un petit cousin de mon père, maçon italien retraité de son état, de venir m'aider. Ce cabanon ne s'envolera pas, les Italiens peuvent être des artigiani della qualità !
Mais ce qui a remotivé ce projet est que mon amoureuse voulait emmener son vélo afin d'en profiter pour aller chercher le dimanche matin quelques viennoiseries que nous adorions à la boulangerie du village voisin. Que nous adorions dis-je, car depuis notre retour d'Italie, le boulanger, voisin de mon ex-généraliste, à comme elle pris sa retraite ! Et les repreneurs ne sont vraiment pas à la hauteur !
Les nouvelles du malade
Oui, car au départ c'était le but de ce billet et je me suis un peu égaré. J'espère vous avoir fait voyager, moi ça m'a fait du bien ! Moins drôle, mon agenda du mois de juin est rempli de rendez-vous médicaux, avec notamment les contrôles destinés à évaluer le suivi du traitement de mon cancer. Cela a engendré quelques moments d'angoisse qui vont inévitablement avec. Mais pas plus que ça, je me trouve plutôt zen et parviens à ne pas me polluer inutilement l'esprit.
Coloscopie
J'avais vu le gastroentérologue avant mes vacances et il voulait réaliser cette intervention très rapidement. Cela était certainement très bien pour son planning, moi je n'ai pas voulu qu'une éventuelle mauvaise nouvelle vienne gâcher notre escapade. Ce sera donc dès mon retour et dans une nouvelle clinique car la précédente a fermé ses portes. La nouvelle clinique est plus structurée et son personnel très empathique. Pour le coté anecdotique j'ai retrouvé mon voisin dans le box d'à côté !
Exposer mon cul à une demi-douzaine de personnes est presque devenu routinier, mais cette fois l'anesthésiste à du mettre la dose car j'étais vraiment down et je me suis trainé tout le week-end qui a suivi et j'aurais été bien incapable de conduire. Cela n'avait pas été le cas l'an dernier.
Verdict : RAS, prochain rendez-vous dans 3 ans.
Analyses sanguines
Nécessaires afin de préparer le contrôle au scanner et ma visite chez l'oncologue, mais mes veines sont quasi invisibles, j'ai eu un énorme bleu et je ne me ferais jamais à ces piqures qui un coup sur deux se passent mal.
Verdict : je n'ai toujours pas entamé des études de médecine, donc pas à même d'interpréter ces comptes rendus, mais sur la version qui m'est destinée les marqueurs tumoraux sont au vert, ce qui est une bonne nouvelle.

Scanner et Oncologue
La dernière étape de ce point de contrôle m'a conduit à retourner à Sainte Catherine, l'Institut du Cancer Avignon / Provence que je n'avais pas fréquenté depuis la fin de ma chimiothérapie, l'automne dernier. Je me rends compte que quand j'ai un rendez-vous médical je me prépare comme si j'avais un "date", j'ai toujours pensé qu'il fallait (essayer) faire bonne impression !
Dans le souci d'une bonne organisation les deux rendez-vous sont regroupés, l'examen au scanner est à 14:45, l'horaire est tenu et l'infirmière qui a de la bouteille ne prends pas mon bras pour un terrain de jeu ! Le rendez-vous avec l'oncologue est prévu dans la foulée, mais je sais d'expérience qu'il sera en retard, très en retard, ainsi je n'ai pris le chemin du retour qu'à plus de 19:00 !
Toujours aussi empathique il s'excuse pour son retard, ce à quoi je lui rétorque que je comprends et apprécie qu'il s'attarde avec les patients pour qui cela s'avère nécessaire. J'étais son avant dernier "client" et, même si mon cas est plutôt rassurant, il a pris le temps d'échanger, sur un air qui peut paraitre anodin, mais non sans s'enquérir des contrôles (coloscopie) faits ou à faire par ma famille, mes enfants. Je lui rétorque que mes enfants sont informés qu'il faudra surveiller leur colon, mais qu'à 22 ou 27 ans c'est un peu tôt. Que font-ils ? Bref on papote un peu, il finit par me raconter que lui aussi a toujours eu la chance d'exercer dans une spécialité qui le passionne, et accessoirement un peu utile...
Verdict : tous les indicateurs sont au vert, le risque de récidive est faible. Faible ne veut pas dire inexistant, mais ça je le sais !
Next : on continue à faire des contrôles à horizon 4 et 8 mois pour l'instant.
Afin d'éviter les longs retards, inévitables dans sa boutique, il me propose, pour mes prochains contrôles, de voir son collègue chirurgien, que je vois déjà alternativement et qui exerce en ville. Mais non, je préfère continuer à la voir, ça me rassure de les voir alternativement et tous les deux sont des personnes agréables.
L'air de rien, au cours de cet échange il évoque le sport en mettant en avant une étude qui démontre qu'il y a 50% de récidives en moins chez les patients qui pratiquent une activité sportive régulière. Le sport n'est pas moins point fort, et si mon amoureuse me fait marcher le week-end, la dose ne semble pas suffisante ! On a beaucoup marché en Italie, 18000 pas par jour en moyenne, il faudra donc s'évader bien plus souvent !
Je suis sorti tard de ce rendez-vous, mais allez donc savoir pourquoi j'étais si guilleret !
Eté
L'été est arrivé un peu avant l'heure et il fait chaud, très chaud. Ici c'est plutôt habituel dès la mi-juin, mais 35/38° et même 41° annoncés pour la fin du mois, c'est beaucoup. On parle de 7 à 9° au-dessus de normales de saison, avec des nuits très chaudes. Dérèglement climatique (qui en doute encore ?) accentué par la dé-végétalisation bétonisation.
L'été est également signe de congés et de plus d'insouciance, en général je ne bouge pas trop car j'habite une région estivale avec beaucoup d'animations en été (festivals, spectacles, etc...). Et puis j'attends avec impatience la visite de mes enfants et de leurs amis.
A Suivre... 13, Eté 2025 - L'historique est ici.
